05.01.2007
Claude Dilain : « Inventer un modèle d’intégration »
Les événements survenus à l’automne 2005 ne sont-ils pas la manifestation d’un délitement républicain ?
Oui, dans certains quartiers, ce modèle républicain s’est peu à peu délité. De nombreuses personnes éprouvent ce sentiment dans leur vie quotidienne, parce qu’elles doivent faire face à un véritable déficit en matière de transports, de logements et de services publics de proximité. Elles déplorent la disparition des agences ANPE et des caisses d’allocations familiales dans les zones déshéritées.
L’intégration à la française fonctionne-t-elle toujours ?
Non. Je suis même convaincu qu’elle n’a jamais réellement fonctionné. À cet égard, la situation des Italiens et des Polonais venus vivre en France voilà plus d’un siècle, n’était guère plus enviable que celle des Maghrébins aujourd’hui. Nos voisins transalpins, pour ne citer qu’eux, ont subi des « ratonnades » qui ne sont hélas pas réservées aux seules populations africaines installées depuis longtemps déjà sur notre territoire. La France n’intègre pas, elle assimile. Parfois même au forceps. Souvenons-nous de ces écriteaux qu’on voyait fleurir dans les cafés, il y a cent cinquante ans, et qui interdisaient de « cracher et de parler breton ». Ce système n’est plus viable. C’est pourquoi il nous faut inventer un modèle français d’intégration, même si notre volonté d’aller de l’avant est freinée par notre propre histoire. Notre modèle colonial justifie malheureusement encore trop souvent des comportements biaisés. Par ailleurs, notre pays éprouve les pires difficultés face à l’islam et de longs débats seront nécessaires pour contourner les innombrables obstacles qui se dressent devant nous.
Existe-t-il une réponse politique à la crise des banlieues ?
Nous devons l’affirmer en mobilisant des moyens à la hauteur de nos ambitions. Il est totalement hypocrite d’imaginer qu’avec une enveloppe pour la politique de la ville avoisinant 0,35 % du budget de l’État, nous serons en mesure de résoudre tous les maux de la société. Un exemple ? À Clichy-sous-Bois, le taux de redoublement en troisième est deux fois plus élevé que partout ailleurs en Seine- Saint-Denis. Dans ces conditions, comment est-il possible de réduire les inégalités de l’accès à l’instruction, qui sévissent au sein de la société française ? Seule une mobilisation de tous les acteurs de l’éducation nous permettra de résoudre ces difficultés. Des moyens doivent également être déployés pour lutter contre l’exclusion, au plus près du terrain. Chaque territoire fixe des priorités différentes qui appellent l’usage d’outils spécifiques. D’où la difficulté de faire coïncider volonté politique nationale et particularismes territoriaux. Élus, habitants et acteurs associatifs doivent pouvoir décider de ce qui leur paraît à la fois utile et urgent.
Propos recueillis par Bruno Tranchant
Claude Dilain. Chroniques d’une proche banlieue, Paris, Stock, 2006, 228 p., 16,50 euros
19:50 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Le droit au logement opposable doit être universel
Le gouvernement s’est prononcé en faveur d’une loi sur « le droit au logement opposable ». Que vous inspire cette annonce ?
Ce thème intéresse les socialistes car il s’inscrit dans le prolongement des lois Quilliot, Mauroy et Besson, qui ont jalonné l’élaboration d’un droit au logement pour nos concitoyens. De plus en plus de familles populaires et modestes n’arrivent plus à faire face aux loyers. D’autres ménages sont sur liste d’attente pour obtenir un premier logement ou espérer une mutation pour construire une famille. D’autres enfin sont condamnés à ne pouvoir choisir leur commune de résidence faute d’offre territorialement équilibrée. C’est dans ce cadre que, durant les états généraux du PS, le 1er avril 2006, les socialistes ont indiqué leur volonté d’inscrire dans la loi la notion de droit au logement opposable. Concrètement, les parlementaires socialistes ont tenté d’insérer cette avancée dans la loi, le 11 avril 2006, au cours des débats consacrés à un projet de loi gouvernemental sur le logement. Le ministre de la Cohésion sociale, Jean-Louis Borloo, a alors jugé cette initiative « prématurée et irréaliste ». Quelques mois plus tard, le gouvernement se rangerait à nos arguments ? Personne n’est dupe. Et chacun sait que ce revirement s’explique par une surenchère électoraliste du gouvernement, et malheureusement pas par ce qui nous anime : créer les conditions d’une offre de logements qui réponde aux attentes et aux moyens financiers de la population.
Vous pourriez cependant être satisfait que cette idée soit reprise ?
Notre conception du droit au logement opposable, contrairement à celle du gouvernement Villepin, est universelle. Elle doit bénéficier aux populations qui ne sont pas en mesure de se loger seules, et non uniquement aux sanslogis et aux plus exclus, pour lesquels des dispositions spécifiques doivent être prises en matière de logement d’urgence. Par ailleurs, ce droit nouveau doit être construit avec tous ceux qui sont acteurs de la chaîne du logement : l’État, les élus locaux, les partenaires sociaux, les représentants des locataires et des propriétaires. D’où l’idée dans notre projet d’une échéance fixée par la loi pour l’application de ce droit et, au préalable, d’un travail avec le Conseil économique et social. Mais certainement pas dans l’urgence et la surenchère pour répondre à une initiative associative. Elle doit se faire en lien avec la refondation d’une politique de logement !
Quelles seraient les principales caractéristiques de cette politique ?
La plupart sont dans notre projet : constructions plus nombreuses de logements à loyer abordable, soutien de l’État pour permettre aux familles modestes de limiter la part de leurs dépenses de logement, réorientation des priorités budgétaires de l’État au bénéfice de bas loyers dans les parcs privés et publics… Il reste à débattre de ces propositions durant la campagne, et le débat participatif prévu le 19 janvier à Roubaix sur ce thème, en présence de notre candidate, est significatif de l’importance que nous y attachons.
Propos recueillis par Fanny Costes
19:47 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
18.12.2006
proces pour esclavage à versailles cette semaine
ESCLAVAGE :
Procès à la Cour d'Assises d'Appel de Versailles (78)
Les 18, 19 et 20 décembre 2006, la Cour d'Assises d'Appel de Versailles (78) rejugera Mme Mimi MENSAH, qui avait interjeté appel de l'arrêt de la Cour d'Assises des Hauts-de-Seine (92).
Le 4 avril 2006, après plus de quatre heures de délibération Mme MENSAH avait été déclarée coupable de viol et agressions sexuelles précédés, accompagnés ou suivis d'actes de torture et de barbarie à l'encontre des deux victimes. La Cour l'avait condamnée à 6 ans de réclusion criminelle et au versement de dommages et intérêts aux deux parties civiles, Olivia et Mabelle. Le Procureur Général avait requis 8 ans de prison ferme.
Après plus de 7 ans de procèdure, Olivia et Mabelle vont devoir à nouveau témoigner du calvaire quotidien qu'elles ont vécu.
En septembre 1998, une jeune Togolaise, Olivia, dénonçait au Comité Contre l'Esclavage Moderne des faits de violence graves, commis en 1989 et 1990, lorsqu'elle avait environ 15 ans et qu'elle était au service du couple ROUCHEUX / MENSAH. Elle avait été recrutée pour venir en France s'occuper du bébé du couple, en échange d'un hébergement, d'un salaire et de la promesse d'une formation professionnelle sitôt l'enfant scolarisé.
Très rapidement, Mimi MENSAH, l'épouse de M. ROUCHEUX, s'était montrée très exigeante à son égard, l'obligeant à s'occuper en permanence du bébé et à effectuer tous les travaux ménagers. Olivia n'a jamais été rétribuée, n'a jamais eu le droit à aucun loisir ni temps de repos et n'a jamais reçu aucune forme d'éducation. Les punitions, actes de violences, humiliations, insultes et sévices étaient quotidiens. Outre les privations de nourriture, de sommeil et d'hygiène, Mimi MENSAH lui écrasait régulièrement ses cigarettes sur les avant-bras, lui assenait des coups de poing, lui tordait les oreilles au point de les déformer durablement, la frappait avec tout ce qui lui tombait sous la main. Elle lui écrasait les pieds avec ses chaussures à talon, la brûlait également avec un fer à repasser et lui a maintenue une fois les paumes des mains sur les plaques électriques brûlantes. Mme MENSAH lui a par ailleurs infligée une punition particulièrement cruelle, qui est l'objet de la prochaine session de la Cour d'Assises d'Appel, les autres faits de maltraitance étant aujourd'hui prescrits : à deux reprises la jeune fille avait dû se déshabiller, s'allonger sur le sol de la cuisine, avaler la moitié d'un piment rouge africain et s'appliquer l'autre moitié écrasée du piment dans le vagin.
Lors des investigations menées par les services de police suite à la fuite d'Olivia, les enquêteurs ont retrouvé la trace d'une seconde jeune fille ayant été hébergée au domicile des époux ROUCHEUX. Après la fuite d'Olivia, Mme ROUCHEUX était en effet repartie au Togo et en était revenue avec Mabelle, qu'elle présentait alors comme sa fille et qu'elle avait scolarisée en classe de CE2. La jeune fille a également dû subir la violence de Mimi MENSAH et était quotidiennement l'objet de punitions corporelles extrêmes, dont, de la même façon qu'Olivia, l'introduction dans le vagin d'un piment rouge chauffé au micro-onde.
Lors du procès d'avril 2006, Mme MENSAH, qui comparaissait libre, avait nié la totalité des infractions qui lui étaient reprochées, comme elle l'avait précédemment fait tout au long des 7 années de la procédure.
Olivia et Mabelle sont prises en charge par le Comité Contre l'Esclavage Moderne.
Début des Audiences : lundi 18 décembre 2006 à 9h30 Cour d'Assises d'Appel de Versailles (78)
Comité contre l'esclavage moderne - CCEM - 31 rue des Lilas - 75019 Paris - 01 44 52 88 90
infoccem@wanadoo.fr - www.esclavagemoderne.org
01:39 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
05.12.2006
RESF URGENT ET IMPORTANT les RABA en cours d'expulsion
constance.le-grip@interieur.gouv.fr
emilie.berger@diplomatie.gouv.fr
gael.morand@diplomatie.gouv.fr
florence.berthout@pm.gouv.fr
marion.delaigue-natali@pm.gouv.fr
laetitia.de-la-maisonneuve@pm.gouv.fr
bruno.souchon@pm.gouv.fr
| frederic.lefebvre@interieur.gouv.fr constance.le-grip@interieur.gouv.fr emilie.berger@diplomatie.gouv.fr gael.morand@diplomatie.gouv.fr florence.berthout@pm.gouv.fr marion.delaigue-natali@pm.gouv.fr laetitia.de-la-maisonneuve@pm.gouv.fr bruno.souchon@pm.gouv.fr
claude.gueant@interieur.gouv.fr
jacques.geraultt@interieur.gouv.fr
laurent.sollyt@interieur.gouv.fr
|
dominique.de-villepin@pm.gouv.fr
pierre.vimont@diplomatie.gouv.fr
ambassadeur bernard.valero@diplomatie.gouv.fr
consul : consul@ambafrance-mk.org
ou : pierre.rannou@diplomatie.gouv.fr
Serbie:
Ambassadeur : hugues.pernet@diplomatie.gouv.fr
Consulat : ambafr_1@EUnet.yu
23:08 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
30.11.2006
Des policiers au collège : un pas de plus vers la répression
Les maires socialistes des Hauts-de-Seine se mobilisent. Les ministres de l’intérieur et de l’éducation nationale, Gilles de Robien et Nicolas Sarkozy ont en effet pris la décision d’imposer des policiers dans les 44 collèges du département.
Pour Pascal Buchet, maire socialiste de Fontenay-aux-Roses et conseiller général des Hauts-de-Seine, “le passage à la répression dans les établissements scolaires est une véritable provocation à l’encontre des enseignants, des parents et même des policiers qui ont fait connaître leur désaccord tant sur le fond que sur la méthode.”
23:20 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Le fichier ELOI : le fichier de trop
Point de vue
Le fichier ELOI, le fichier de trop
par Daniel Borrillo et Eric Fassin
La nouvelle est quasiment passée inaperçue. Un arrêté du 30 juillet, publié
au Journal officiel le 18 août, crée un "traitement de données à caractère
personnel", justifié par la nécessité de "faciliter l'éloignement des
étrangers se maintenant sans droit sur le territoire".
Ce fichier, justement nommé ELOI, ne concerne pas seulement les étrangers en
situation irrégulière, mais aussi les personnes qui les hébergent lorsqu'ils
se voient assignés à résidence, et celles qui leur rendent visite quand ils
sont placés en rétention administrative. Sans doute l'information s'est-elle
perdue dans la torpeur de l'été ; on peut pourtant penser que, il y a
quelques années encore, elle aurait provoqué une vague d'indignation. Reste
à voir si nos gouvernants auront eu raison de parier sur l'indifférence des
uns et la lassitude des autres, face à l'extension continue du contrôle et
de la répression.
La Cimade, le Gisti (Groupe d'information et de soutien des immigrés),
l'IRIS (Imaginons un réseau Internet solidaire) et la Ligue des droits de
l'homme déposent un recours devant le Conseil d'Etat. C'est qu'il s'agit de
droits fondamentaux, qui touchent les Français non moins que les étrangers.
Certes, les sans-papiers sont, depuis longtemps déjà, "surfichés". Mais ce
fichier nouveau doit être compris en regard de la circulaire de juin 2006
concernant les parents étrangers d'enfants scolarisés en France. A cette
occasion, beaucoup de clandestins sont sortis de l'ombre, s'exposant au
contrôle policier dans l'espoir d'une régularisation administrative qui
devait leur être refusée dans la grande majorité des cas. Aussi n'est-ce pas
un hasard si doivent figurer dans le nouveau fichier, troublante innovation,
avec les noms des étrangers en situation irrégulière, ceux de leurs enfants.
Mais il y a plus. A quoi sert le fichage des hébergeants et des visiteurs ?
En quoi peut-il concourir à la finalité revendiquée - "la lutte contre
l'immigration clandestine" ? C'est la seconde innovation, non moins
inquiétante que la première. En fait, il faut bien la comprendre comme le
prolongement d'autres mesures. Depuis 2003, les personnes qui, en France,
hébergent des visiteurs étrangers sont déjà fichées, et au niveau de l'Union
européenne le système d'information sur les visas de court séjour (VIS)
étend la mesure à l'espace Schengen.
Avec ELOI, désormais, le fichage et le contrôle concernent tous ceux qui
sont en contact avec les étrangers - qu'ils soient en situation régulière ou
irrégulière. La suspicion se généralise, elle touche tous ceux qui
pourraient manifester une solidarité politique ou personnelle aux étrangers,
leurs alliés et leurs proches. Leurs amis sont-ils en train de devenir nos
ennemis ? Le soupçon sur les relations amicales s'étend d'ailleurs aux
relations conjugales, avec ce que nous avons qualifié de "chauvinisme
matrimonial" (Le Monde, 16 mai). C'est le sens du projet de loi, voté au
printemps par l'Assemblée nationale, sur le contrôle de la validité des
mariages, qui concerne à la fois les unions célébrées à l'étranger et celles
avec un étranger. Le tout récent rapport de la commission des lois du Sénat
prend ainsi pour point de départ "l'augmentation concomitante du nombre de
mariages de Français avec des étrangers", en particulier venus de "pays à
très forte pression migratoire", et "les signalements aux procureurs de la
République pour suspicion de mariages simulés".
Il est bien sûr précisé : "Certes, il serait caricatural d'assimiler
mariages binationaux et mariages simulés." Mais c'est pour ajouter aussitôt
: "Néanmoins, la coïncidence de ce phénomène avec le renforcement des
contrôles de l'immigration et l'intérêt comparatif accru du mariage
binational n'apparaît pas totalement fortuite." Le rapport suggère donc que
la politique de restriction de l'immigration entraînerait l'accroissement de
la fraude matrimoniale... ou en tout cas de la suspicion.
C'est l'extension sans fin d'une logique du soupçon, qui par cercles
concentriques passe des clandestins aux immigrés, et des étrangers à leurs
amis, à leurs familles, à leurs alliés. Ces glissements progressifs de la
xénophobie ont une finalité politique simple : par l'intimidation, il s'agit
de décourager la solidarité qui s'est exprimée dans le pays depuis plus d'un
an. Qui sait l'usage qu'on fera, un jour ou l'autre, de ces fichiers ?
Accueillir aujourd'hui un étranger n'entraînera-t-il pas une responsabilité,
si celui-ci devait se retrouver demain en situation illégale ? Bref, la
condition d'étranger n'est-elle pas en train de devenir contagieuse ?
Toutefois, la politique actuelle est travaillée par une contradiction. D'un
côté, on cherche à isoler les sans-papiers, en traçant autour d'eux une
frontière de la peur. Mais d'un autre côté, de même qu'on confond volontiers
les immigrés légaux ou clandestins dans un semblable soupçon, de même la
suspicion s'étend des étrangers aux citoyens d'origine étrangère. C'est
ainsi que le préfet de la Seine-Saint-Denis, dans une note au ministre de
l'intérieur récemment publiée, décrivait "un territoire où deux tiers de la
population est étrangère, ou d'origine étrangère, et où les référents
culturels sont loin de ceux de notre vieux pays". Avec la racialisation de
notre société, on ne fait plus guère la différence entre ceux qui sont
étrangers et ceux qui "en ont l'air".
Or que s'est-il passé ce printemps aux Etats-Unis ? La politique de
répression contre l'immigration clandestine a mobilisé des millions
d'Hispaniques - citoyens, immigrés légaux et clandestins confondus.
Outre-Atlantique, les sans-papiers sont certes beaucoup plus nombreux qu'en
France : on parle de 12 millions de clandestins, contre quelques centaines
de milliers chez nous. Mais ce sont aussi et surtout leurs proches qu'on a
vus descendre dans les rues, pour faire pression sur le Congrès et la Maison
Blanche par leurs manifestations pacifiques, en mêlant les drapeaux
américains et mexicains.
Bref, si l'on confond les immigrés en situation irrégulière et régulière,
mais aussi les étrangers et les citoyens d'origine étrangère, on dessine les
contours d'une formidable force politique potentielle. C'est ainsi que, à la
surprise générale, le "nativisme" américain a éveillé le "géant latino
endormi". Pourquoi n'assisterait-on pas bientôt en France à des réveils
comparables ?
Il est vrai que la xénophobie politique semble déployer chez nous une
logique inexorable. L'exemple des Etats-Unis permet pourtant d'imaginer
d'autres mobilisations, qui pourraient venir en contrepoint d'initiatives
comme RESF. Et si se développait un nouveau mouvement civique, conjuguant la
solidarité des proches, amis et familles, avec celle des alliés, engagés à
leurs côtés ? Sans doute faut-il espérer que le Conseil d'Etat saura
résister à l'extension du domaine du fichage. Mais s'il n'entendait pas le
plaidoyer des associations, on se prend à rêver que, dans les mois et les
années qui viennent, contre une xénophobie subie, nous soyons nombreux,
quels que soient nos origines et nos liens, personnels ou politiques, à
rendre visite à des étrangers dans des centres de rétention, pour afficher
une solidarité choisie, et revendiquer ainsi l'honneur de figurer dans le
fichier ELOI.
Daniel Borrillo, juriste, est maître de conférences en droit à l'université
Paris-X-Nanterre.
Eric Fassin, sociologue, est chercheur au centre Genèse et transformation
des mondes sociaux (EHESS).
Le Monde, 15 novembre 2006
22:52 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
21.11.2006
5 ans de parité : quelle place pour les femmes ?
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21:27 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
05.11.2006
Un an après les émeutes, trois élus socialistes tirent un triste bilan de l’année écoulée
Un an après les émeutes, bien des engagements gouvernementaux et une loi dite “d’égalité des chances”, la détérioration continue de la situation dans les quartiers s’accompagne d’une augmentation sensible de la violence, y compris contre les forces de l’ordre. Au point qu’élus locaux et acteurs associatifs dénoncent, sans détours, la remise au pas des associations de proximité et l’absence criante de moyens alloués à la politique de la ville. Laquelle regorge de dispositifs qui se sont peu à peu empilés et dont l’efficacité est difficilement quantifiable. Décryptage par Vincent Léna, secrétaire national du PS à la solidarité urbaine, Delphine Batho, secrétaire nationale du PS à la sécurité et Franck Pupponi, maire de Sarcelles et vice-président de la FNESR.
2007 : LA DERNIERE CHANCE POUR VIVRE ENSEMBLE DANS NOS VILLES
par Vincent Léna, secrétaire national à la solidarité urbaine
Un an après les plus graves émeutes urbaines que notre pays ait connu, le désespoir s’est accru dans les quartiers populaires, ce qui me fait craindre le pire, avec beaucoup d’élus de banlieue. Le pire, ce n’est pas tant l’approche compassionnelle du gouvernement, qui a rétabli quelques rares crédits aux associations, que le mépris dans lequel il tient les habitants des quartiers, notamment les plus jeunes, instrumentalisés pour faire peur au pays et transformer la question sociale en problème d’ordre public.
Le gouvernement a abandonné les quartiers à leur sort depuis 2002. Chasser les pauvres des villes riches et remplacer la police de proximité par des compagnies de CRS : voilà le bilan de la droite, qui se traduit par un niveau de violence sans précédent.
Parce que les inégalités dans nos villes sont devenues insupportables et qu’elles menacent notre cohésion sociale, la « solidarité urbaine » est au cœur du projet socialiste. Nos propositions sont les plus ambitieuses jamais imaginées pour éviter de basculer dans la ville du repli communautaire, de l’injustice et de la violence :
- Pour vivre ensemble, il faudra mettre un terme aux discriminations qui frappent les habitants des quartiers. Et donner aux élus, au service public, aux associations les moyens nécessaires pour assurer aux quartiers l’égalité et la dignité. La priorité sera de faire confiance à la jeunesse en consolidant la carte scolaire pour permettre la mixité, en offrant les conditions d’une éducation d’excellence, et en donnant à tous droit de cité ;
- Pour corriger les inégalités et faire reculer la violence, il faudra un effort national de solidarité, pour ouvrir les villes et construire de nouveaux quartiers, en imposant notamment 20% de logements sociaux dans chaque commune, en développant les transports et l’accès à l’emploi, aux services publics ou à la culture.
Il nous reste à faire savoir que l’espoir est de retour, et que l’appel désespéré de l’automne 2005 n’est pas resté sans écho.
« UN BILAN CATASTROPHIQUE »
Delphine Batho, Secrétaire nationale en charge de la sécurité.
Selon un bilan publié par l’Observatoire national de la délinquance, les violences contre les personnes ont augmenté de 6,2 % en septembre. Ces mauvais chiffres ne placent-ils pas le ministre de l’Intérieur face à ses contradictions ?
Ils traduisent la faillite de la politique de sécurité de Nicolas Sarkozy. Au-delà des statistiques, il y a la réalité crue d’une insécurité de plus en plus violente.
Le calme n’est pas revenu depuis novembre 2005 : les violences s’intensifient, il y a une escalade dans la gravité des actes commis, avec de nouvelles formes de violence, comme ces agressions filmées qui circulent ensuite sur Internet. Le gouvernement ne maîtrise plus la situation. La multiplication des agressions visant policiers et pompiers témoigne d’un climat de tension qui dégénère. C’est pourquoi les socialistes demandent la création immédiate d’une commission d’enquête parlementaire sur la situation dans les banlieues. Un an après les émeutes, elle permettrait de dire toute la vérité sur la situation explosive qui s’est installée et l’indigence des mesures prises par la droite.
Depuis 2002, les atteintes volontaires à l’intégrité physique n’ont fait qu’augmenter. Plutôt inquiétant…
Elles ont augmenté de plus de 27 % en quatre ans. Les dégâts de la politique de la droite ont eu une incidence directe sur la montée de la violence. La ségrégation sociale et ethnique des populations, la précarité généralisée, les coupes budgétaires visant l’école, les associations et tous les acteurs de terrain, ont contribué à fabriquer une délinquance de masse.
S’y s’ajoutent la crise de la justice, qui entretient un sentiment d’impunité, et les conséquences de la suppression de la police de proximité. Le gouvernement a cédé du terrain face aux délinquants, tandis que les rapports entre la police et la population sont très dégradés. La police apparaît comme un élément extérieur aux quartiers, dont la moindre intervention peut tourner à l’épreuve de force. Le bilan est catastrophique.
“UN AN APRES”
François Pupponi, maire de Sarcelles, conseiller général du Val d’Oise et vice-président de la FNESR
Bien que Sarcelles n’ait pas fait la « une » des journaux au moment des émeutes, la ville est devenue un symbole. Comment avez-vous vécu les événements de l’automne dernier ?
De l’extérieur, car il ne s’est rien passé à Sarcelles. Mais les images diffusées à la télévision et les rumeurs ont quand même renforcé notre inquiétude. Ce qui a créé un cocktail de fierté et d’anxiété.
Si on met en parallèle les discours et les promesses faites depuis un an avec la réalité que vous vivez quotidiennement, peut-on dire que « ça change » ?
Nous sommes encore dans l’expectative. L’argent qui avait été promis n’est toujours pas arrivé. Les dispositifs annoncés qui devaient remplacer les contrats de ville ne sont toujours pas déployés. En dépit de nombreuses promesses, rien n’a changé.
Comment analysez-vous la politique des ministres Villepin, Borloo, et Sarkozy ?
Jean-Louis Borloo commet une erreur en changeant les outils de la politique de la ville de cette manière, parce qu’ils modifient toutes les structures au plan local. Cela ne peut que générer des inquiétudes.
Sarkozy met les policiers en première ligne, au point que la tension s’accroît. Il y a un climat de guérilla urbaine larvée, alimenté par des groupes minoritaires. Mais, cette gestion calamiteuse fait que les policiers sont sur le front pendant que les maires sont pris en « sandwich ». On leur demande de faire leur travail sans les moyens qui vont avec.
La gauche saura-t-elle gérer l’éventuelle surenchère sécuritaire de la droite alors que les élections approchent ?
Seul un gouvernement de gauche pourra mettre un terme à cette surenchère de la violence, en rassurant les élus et en leur donnant les moyens de mener une vraie politique de la ville et de solidarité urbaine, en rétablissant notamment la police de proximité. Ce qui, pour l’heure, est loin d’être le cas.
Interviews recueillis par Pierre Kanuty, Fanny Costes et Bruno Tranchant
20:00 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
« Les habitants des banlieues veulent vivre normalement »
« Les émeutes qui ont suivi la mort de Zyad et Bouna ont été le signe d’une révolte sociale. On ne pouvait donc pas rester inactifs. Alors qu’une catégorie des politiques est totalement déconnectée de la société, il fallait, selon nous, aller à la source pour rencontrer les acteurs qui la connaissent le mieux. À bord de mini-bus, nous avons donc sillonné 120 villes de France. Nous avons permis aux gens de s’exprimer librement et de faire des propositions. En fait, les habitants des banlieues veulent vivre normalement, et non dans des cages à poules avec des ascenseurs qui ne fonctionnent pas. Cessons de prendre des raccourcis, et acceptons de voir ce que ces personnes vivent pour essayer de mieux les comprendre.
Nous avons recueilli 20 000 doléances et, en avons traité 12 000. Le 25 octobre, à 14h, une marche pacifique sera organisée vers l’Assemblée nationale, le Sénat et l’Elysée pour transmettre ce cahier de doléances à tous les partis politiques confondus. Aux partis, ensuite, de juger s’ils reprennent ces doléances au sein de leur programme. Mais, ensuite, il faudra rendre des comptes à la population. »
19:57 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
16.10.2006
Les banlieues toujours à fleur de peau
À l’approche de l’anniversaire des émeutes de 2005, la multiplication des violences à l’encontre de la police inquiète le Parti socialiste. Après les Tarterêts et les Mureaux, un policier a encore été agressé dans la nuit du 13 au 14 octobre, à Epinay-sur-Seine. Ces évènements marquent l’échec des politiques Sarkozy et doivent laisser place à des mesures contre la ghettoïsation des quartiers, qui ne soient pas seulement sécuritaires.
Dans la nuit du 13 au 14 octobre, Christophe Estève, policier de 30 ans, a été blessé au visage par des jeunes d’Epinay-sur-Seine. Manuel Valls, député-maire PS d’Evry (Essonne), s’est dit très inquiet, le 16 octobre, face à la recrudescence d’agressions contre les policiers. Il estime que « les policiers sont en train de payer les déclarations de Nicolas Sarkozy, de payer un climat qu’il a instauré ». C’est pourquoi le Parti socialiste ne compte pas laisser cette question en suspend pendant la campagne présidentielle.
Pour Julien Dray, porte-parole du PS, « il faut tourner la page avec ce qui a été fait jusqu’à maintenant en matière de politique sécuritaire ». En effet, aujourd’hui, « l’Etat de droit recule » dans les quartiers populaires.
« Les banlieues sont toujours sur une poudrière », a ajouté Manuel Valls. On doit donc s’acheminer vers une autre politique en nommant, par exemple, « des enseignants vraiment formés, expérimentés, beaucoup mieux payés », souligne encore le député de l’Essonne.
21:10 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note


