03.07.2007

Qu'en pensez-vous ?


Ni la loi ni le CSA ne régissent le temps de parole du chef de l’Etat. ( par Joseph Daniel, ancien membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel. QUOTIDIEN : lundi 2 juillet 2007 )
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" C’est l’une des curiosités les plus anachroniques et les moins justifiables du système politico-médiatique français. Appelons-la «statut d’exterritorialité audiovisuelle du président de la République».

On sait que la loi sur la liberté de communication - qui régit tout l’audiovisuel - stipule que «le CSA assure le respect de l’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion dans les programmes des services de radio et de télévision, pour les émissions d’information politique et générale».
Sur quels critères doit-il le faire ? Mystère. La loi est muette. A défaut de loi, un décret ? Pas même un décret : rien qu’une tradition qui se perpétue. Une simple directive que l’antique ORTF a établie en 1969 - il y a quatre décennies ! -, une règle longtemps appelée «des trois tiers» : radios et télévisions devaient consacrer un tiers des temps de parole relatifs à la politique française au gouvernement, un tiers à la majorité, un tiers à l’opposition. Cette règle a été reprise par les trois instances de régulation de l’audiovisuel qui se sont succédé, avec des retouches mineures. Ainsi, depuis février 2000, il a été décidé de faire une (petite) place aux forces politiques non représentées à l’Assemblée nationale.

Tout changement moins cosmétique a toujours été refusé par la majorité du CSA, particulièrement soudée sur ce point. Ainsi n’y a-t-il rien, dans ce dispositif, concernant un personnage qu’il faut croire négligeable dans nos institutions : le président de la République. Au regard du pluralisme, c’est un inconnu. Il n’existe pas sur la terre des hommes. Il est tellement au-dessus, dans la stratosphère, en apesanteur, qu’il lui est reconnu une souveraine exterritorialité : le CSA s’aventure aussi peu à prendre en compte ses interventions que la police à franchir la porte des ambassades étrangères.
Il y a une exception, mais une seule. Qu’un président de la République soit candidat à sa réélection, et le CSA reprend conscience de son existence. Enfin, un peu. Il reconnaît, comme dans la théologie chrétienne, sa double nature : humaine d’un côté (le candidat) mais céleste de l’autre (le père de la nation). Le CSA s’essaie donc à distinguer, dans ses prises de parole, celles qui relèvent du président qui cherche à le rester de celles qui s’attachent consubstantiellement au président qu’il est toujours.
Mais que le bienheureux soit réélu, et il disparaît dans l’instant de l’observation du pluralisme politique. Mesurons cet étrange paradoxe. Qu’un député ou un ministre tienne à l’antenne un propos particulièrement anodin - une plaisanterie, l’évocation de ses livres préférés -, et son temps de parole sera impitoyablement comptabilisé au profit de son camp."